Mirage 1.1 - Le dernier chant des lucioles
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Mirage 1.1 - Le dernier chant des lucioles

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Elles étaient tombées drues, serrées, presque sévères.... Personne n'avait compris leur geste, pas un pour s'inquiéter de ce vol qui semblait le dernier.

Elles étaient tombées drues, serrées, presque sévères....
Personne n'avait compris leur geste, pas un pour s'inquiéter de ce vol qui semblait le dernier.
Elles formaient un tapis lumineux en touchant le sol, mais cette nappe verte finissait par perdre de sa vivacité par leur nombre qui diminuait.
On les a fait entrer, ce jour où elles sont venues bourdonner devant la porte.
On n'aimait pas les insectes, comme beaucoup de monde d'ailleurs, enfin je parle des insectes, pas de ce “monde d'ailleurs”...
Et pourtant, avec leur lumière presque prétentieuse, narguant nos ressources bientôt épuisées, elles auraient pu agacer.
Malgré tout, avec leur lueur d'espoir, baignés dans l’ombre d'un regard vert, elles nous ont apprivoisés.
Oui, comme un certain renard et un petit homme, ce sont elles qui ont œuvré à nos amitiés.
Et peut-être, comme un certain serpent, même fatiguées, leur lueur baissant comme un soleil fané, baliseront-elles notre dernier chemin...
De loin, un halo, puis en s'avançant, des lueurs vacillantes.
Une lumière battante, la pulsation visible d'une musique oubliée inaudible, comme si le rythme seul restait longtemps après la fin d'une mélodie de vie, un rythme de souvenirs, une syncopée de flashs pulsant un requiem imaginaire.
Et de leur vert si tendre à faire fondre les plus durs, elles évoluent en nuée pour avoir l'air plus fortes et par peur de l'oubli.
Mais demain, comment expliquer à un enfant, qu’avant on voyait voler des lumières ?
Mais demain, comment justifier qu’on les à fait périr comme tant d’autres espèces en se croyant assez forts pour sacrifier les lueurs de tous nos guerriers morts ?

Et pourtant certains les mettaient dans des boîtes.
Des boites à convictions ou des cages à lucioles ?
Ces boites en forme de sièges, des assises qui enferment, dernier jugement pour les lueurs.
La lumière aux assises, condamnée à s'étioler. Juger un trop de lucidité, une luciolité, juste cet éclair vert qui pourrait réanimer les consciences.
Alors il suffira de refermer le couvercle d’une boite ou d'un siège, pour ne plus rien entendre ou voir, ou pour peut être, ne plus croire....
Ou des boites qui protègent, certaines des mystères, d’autres des idées, ou encore des malices, des musiques, des outils ou des bijoux, et quand elles se prennent pour des coffres, elles abritent des trésors.
D’autres reçoivent des lettres. De celles dont il est peut-être question dans notre installation.
La luciole, en lumière volante d’une âme de guerrier japonais, ou aussi en symbole d’un amour naissant, se veut gorgée de lettres. De celles dont on fait un mot ou de celles que l’on écrit pour déclarer sa flamme. Encore une histoire de lumière… vacillante.
Rester à l’ombre de la clarté des lucioles, pour ne plus souffrir du manque d’une personne ou ne plus accepter le deuil des autres, ces anciens guerriers.
Mais ces boites se veulent aussi des cages, des prisons, dont la clarté ne pourra plus sortir, une façon trop facile de nier l’évidence mise à nue par leur lumière verdâtre, comme un révélateur chimique de la vérité. Et pour ne plus accepter le vrai, il faut éteindre le filtre de la lueur, étouffer le son du discours juste, pour le silence complice du mensonge.
Ces boites ne peuvent garder la luciole sans que sa lumière s’étiole.
Une luciole qui s’étiole, drôle de hasard de notre langue, quand s’étioler se traduit par perdre sa couleur et de ne pas devenir verte pour une plante qui croît dans l’obscurité….
Triste avenir pour notre insecte luminescent captif.



Une luciole rétinienne, toujours ce point vert, ponctuant mon chemin, à l'inverse du rouge, qui n'incite à rien.

Le vert comme ce repère pour passer, pour traverser la vie d'une bande blanche à l'autre, sautillant d'un trait à une ride, sans trop s'apitoyer, transitant par l'orange, reste de quelques vacances.

Mais le vert, dans une perte, se porte-t'il comme un symbole de mort, une lumière oubliée ?
A t-on jamais vu lors d'un enterrement, une lueur s'échapper, quand tous les regards sont vissés sur les vivants et que le mort n'est déjà plus là ...
Ce feu follet...




J’ai écrit ce texte à l’encre de lucioles, peut-être la seule façon de le diffuser, par des signes luminescents s’envolant de la feuille, une nuée verte prête à se disloquer au moindre courant d'air. Je le voulais aussi furtif que leur existante,mais aussi pérenne que leur souvenir.

Une passerelle pour forcer à piétiner ses convictions.
De simples lettres sur de simples lames...
Des traces d’anciens mots d’amours, des griffures de vieilles syllabes, à peine prononcées.
Une voie tracée par un ancien urbaniste fou qui doutait de tout, et même de nous.
Apprendre à fouler des lettres, mépriser des mots et renier des accords, que l’on avait pourtant signés.

Informations complémentaires
Lieu de rendez-vous :
20 rue Desdevises du dézert
Tarifs

Gratuit.

Ouverture

Période d'ouverture : Automne

Du 25/10 au 22/11/2019, tous les jours.
0473906932.

Mise à jour le 07/10/2019 Par Clermont Auvergne Tourisme
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